Pour lancer un manifeste, il faut vouloir : A, B, C, foudroyer contre 1,2,3 …
S’énerver, crier, jurer, arranger son texte comme une forme d’évidence absolue.

Et pourtant, le design n’a jamais eu besoin d’autant de fracas pour changer le monde.

Le design a plus souvent été décrit par ce qu’il n’est pas, que par ce qu’il est.
Avant tout, le design n’est pas de l’art. Autrefois associé aux arts « mineurs », « décoratifs » ou « appliqués », le design relève du domaine de l’utilité, du quotidien… devenant, au premier abord, moins important qu’une œuvre d’art, laquelle s’affranchit de tout usage.

Et pourtant…

Une tasse de café au petit matin est design ; un livre traînant sur une table basse : design, design, design ; l’immeuble d’en face et son affiche publicitaire, le Bixi du coin, la voiture d’un.e inconnu.e : design ; chaque objet, tous les objets, jusqu’au motif de mon papier toilette : DESIGN ; Pensées éphémères, histoires racontées, mise en lumière de valeurs : design & vie !

On ne peut plus désormais nier qu’il y a un avant et un après, en même temps qu’un ailleurs et un autre. Le monde ne sera plus jamais comme avant. Le design est et restera une revendication de la modernité sociale, de l’ordinaire et du tous les jours. Ce tous les jours manifeste dorénavant une poésie ; celle des mondes imaginés, fluctuants, accrochés au réel, qui font de la vie un design.

Puisque l’ordre social qu’impose la société semble invincible, il existe une urgence absolue et un besoin permanent pour le design de trouver de nouvelles visions, de nouvelles stratégies qui ouvriront sur des idées et des solutions différentes et alternatives pour l’avenir du monde. Celles-ci devraient être diverses, complexes, toujours changeantes, créatives et ouvertes à toutes sortes d’incertitudes et de potentialités. Elles iraient à l’encontre de l’immuable, du réductionnisme et du contrôle de l’ordre établi. Le design est définitivement une révolution délicate et silencieuse au sein des foyers.

Il est possible d’imaginer et de proposer de manière très créative des idées et visions neuves, tout en encourageant énergiquement une mobilisation sociale réclamant davantage de liberté et une communauté d’intérêts plus large, plus équitable et plus juste. Les changements de nos pratiques quotidiennes (ou leurs réinventions) sont les aspects les plus cruciaux de la fondation de cette société nouvelle. C’est dans ce contexte des plus stimulants, que le designer, stratège ou encore amoureux du monde peut évoluer et obtenir une nouvelle pertinence. À l’époque de la globalisation, il ne suffit pas que le design devienne un phénomène spectaculaire accepté par presque tous·tes. Il est plus important encore que le design prenne son rôle de meneur et se réinvente pour faire émerger un monde nouveau qui irait du bas vers le haut. Le design laisse deviner une nouvelle promesse : donner consistance à l’individu qu’il est ici et maintenant.

Ensemble, dans une seule fraîche respiration, nous pouvons changer le monde, à notre échelle, en considérant la page blanche de notre layout comme la feuille du pouvoir et du simple mouvement d’une main qui gribouille, dessine, écrit… d’une simple vision, idée ou proposition, nous pouvons montrer à nos clients qu’un autre avenir est possible, que leurs actions, aussi petites qu’elles soient, comptent car le design est partout, pour tous·tes et est le symbole de nos vies.